jeudi 14 août 2014

Bien-être animal: une question de point de vue

Bien-être animal: une question de point de vue


VASTE sujet que le bien-être animal! Tout d'abord parce qu'on peut l'évoquer selon différents points de vue. En effet le Bien-être peut-être défini d'un point de vue juridique, moral ou scientifique, ces visions n'étant pas toujours concordantes. D'autre part certains critères de bien-être / souffrance peuvent être subjectifs et donc varier selon nos sensibilités personnelles.





Selon leur sensibilité, les maîtres n'ont pas la même vision du bien-être pour  leur animal!






Une définition synthétique du Bien-être animal pourrait être la capacité pour un individu à exprimer les comportements propres de son espèce.

Voici quelques éléments bibliographiques pour enrichir cette définition un peu abstraite!

Selon Hurnik et Lehman (1985), les besoins d'un animal, qui doivent être comblés pour assurer son bien-être, sont hiérarchisés: certains sont essentiels pour assurer sa survie, d'autres assurent la qualité de la vie. Ces besoins sont propres à une espèce, mais aussi à une race, à un individu.



Ce concept de besoins hiérarchisé sera repris plus tard par le Conseil Britannique qui reconnait les "5 libertés de l'animal":



En 1997, le professeur David FRASER propose de schématiser l’adéquation entre les besoins d’un individu et ce que son environnement lui offre. Un cercle (jaune) représente les capacités adaptatives de l’animal (son « domaine de compétence »). Un cercle (Bleu) représente son environnement de vie. La partie commune de ces 2 cercles (schéma 1) correspond à la zone de confort où l’animal peut s’adapter, plus elle est étendue plus l’animal est en situation de bien-être dans son environnement. Inversement, lorsqu’il n’y a pas de correspondance entre le cercle adaptatif de l’animal et son environnement (Schéma 2), le bien-être de l’individu est fortement compromis.




Cette schématisation de Fraser peut être appliqué à des cas concrets et à des problématiques quotidiennes de nos compagnons. Quid du Bien-être d'une chien venant d'une lignée de travail vivant dans un appartement, avec pour toute "activité" 2 ou 3 sorties hygiéniques... en laisse...sans contact avec ses congénères car il les agresse? Sauf si celui-ci possède un tempérament particulièrement adaptatif, cet individu aura probablement beaucoup de mal à exprimer les comportements propres de son espèce et de sa race (lignée).
En situation de stress non adaptatif, il risque d'exprimer de nombreux comportements indésirables pour lesquels il sera qualifié de "dominant", de "sociopathe", de "dysthymique" ou d' "hypothyroïdien"... alors qu'il est "juste" dans une prison...



Dr Antoine BOUVRESSE
Vétérinaire comportementaliste DENVF

Dr Lucie LENGELLE
Docteur Vétérinaire














mercredi 16 juillet 2014

Quoi de neuf au Canine Science Forum?




Le Canine Science Forum 2014 se déroule actuellement à Lincoln (UK)

et réunit les chercheurs en éthologie du monde entier qui viennent communiquer les avancées de leur labo de recherche sur le comportement animal.




Voici un résumé rapide pour vous mettre en appétit avant des comptes rendus plus complets de ces 3 jours de conférences.




Mais pour commencer, il faut signaler la premier édition du Feline Science Forum qui a eu lieu le 14 Juillet. Un succès qui a permis aux équipes du refuge AVA (Aide aux Vieux Animaux) de présenter les résultats de leurs études sur l'hébergement des populations de chats.





Benjamin HART de l'université de Californie a exposé la première conférence plénière : " De la forêt à la maison, qu'est-ce que les loups nous apprennent du comportement des chiens".
 Pourquoi les chiens mangent de l'herbe? Pourquoi la coprophagie intraspécifique (difficile le matin à 8h30!!)? Quel est l'intérêt biologique d'un syndrome fébrile? Pourquoi certaines femelles développent du cannibalisme? Il a ensuite présenté l'étude publié en 2013:
"Neutering Dogs: Effects on Joint Disorders and Cancers in Golden Retrievers"


Sa conclusion a propos de la stérilisation a été: "parfois nous rendons nos chiens plus malades que ne le sont les loups"... vaste sujet de controverse!


En faisant la corrélation entre des critères morphologiques (taille, poids, index céphalique, ... ) et les résultats de questionnaires sur le comportement (C-BARQ) ils mettent en évidence des profils comportementaux!
Par exemple, les "chiens légers" (Lighter dogs) étaient statistiquement plus énergiques, plus excitables, plus actifs, et plus enclins à la rivalité intraspécifique! A mettre en parallèle avec les tendances comportementales en fonction de la sélection exposée par Coppinger & Coppinger (Dogs: A New Understanding of Canine Origin, Behavior and Evolution; 2002)


Clyve Wynne de l'université d'Arizona a mené son intervention sur "cognition comparée des chiens et des loups: qu'est-ce qui fait du chien un chien?". Des expériences de pointé sont entreprises sur des chiens et des loups élevés par l'homme dans les même conditions: les chiens performent bien mieux que les loups. On pourrait penser que le chien a "un truc en plus"...pourtant en reproduisant ces expériences avec des chiens de refuge... ils obtiennent de mauvais scores. Ces chiens de refuge peuvent-ils perdre "ce truc en plus" qui faisait d'eux des chiens??? Pour Clive Wynne, les différences entre chiens et loups sont: 1) le chien doit s'être développé au coté de l'homme  + 2) la domestication a donné au chien le POTENTIEL (et rien de plus que le potentiel) pour s'adapter à l'homme  et 3) le chien a une plus grande socialité qui l'engagera à se rapprocher de l'homme.


Adam Miklosi, de l'université de Budapest, a discuté de la manière dont nous envisageons les apprentissages de nos chiens. Nos compagnons sont-ils des machines à apprendre dont les comportements doivent être conditionnés, inhibés, éteins, programmés...comme on programmerait un ordinateur. Ou sont-ils des êtres avant tout sensibles, qu'il faut aborder sous l'angle des émotions et du ressenti?
Voici sa conclusion:
  • Le plus important dans l'éducation canine (Dog training) n'est pas le mécanisme d'apprentissage spécifique. 
  • Dog training is ( should be) actually not about dog training.
  • IL faut se demander quels sont les problèmes qui doivent être résolus par le chien et son maître et considérer l'éducation comme une activité sociale entre le chien et son maître.


Le deuxième talk de Adam Miklosi évoquait les aires acoustiques découvertes chez le chien lors d'une IRM fonctionnelle , car depuis depuis 2012, des équipes de scientifiques ont conditionné des chiens pour qu'ils se tiennent immobiles dans une machine d'IRM sans état de stress!!




La suite de nos aventures au CSF demain!! je garderai le même article que je compléterai!

Dans les semaines à venir, des comptes rendus plus complets seront mis en ligne par l'équipe de l'AVA sur le site de la SFC (Société Francophone de Cynotechnie) dont je vous encourage à consulter le contenu et les newsletter scientifiques tous les mois!


Un petit lien vers un grand refuge: www.avarefuge76.com






Dr Antoine BOUVRESSE
Et toute la Team des chercheurs AVA
Touptoubidoubidou!


dimanche 22 juin 2014

Il n'y a pas d'âge pour apprendre!


Il n'y a pas d'âge pour apprendre!



A 21 ans, cette vieille minette, qui n'avait jamais vécu avec des chiens a été adoptée par l'équipe de la clinique pour lui éviter l'euthanasie



Elle a donc du apprendre a vivre avec les chats et les chiens de l'équipe, dans les pièces où ils se déplacent librement!
Aujourd'hui, à 23 ans, elle fait des superbes démonstrations des comportements qui désamorcent les séquences comportementales.





La grosse poilue, c'est Vicky, femelle B.A. de 10 ans
 (C'est son anniversaire demain: le 24 JUIN!!).


Une séquence de prédation complète se décompose en plusieurs phases: orientation, regard, poursuite, morsure de préhension, morsure fatale, dissection et ingestion.

Coppinger & Coppinger (2001) émettent l'hypothèse que certains comportements (pattern behavior) ont été maintenu ou inhibé en fonction de la pression de sélection imposée aux différents groupes de chiens.
C'est ainsi que chez les chiens de berger, travaillant au troupeau, on retrouve les phases d'orientation, regard, poursuite, morsure de préhension (pincement uniquement). Le reste de la séquence devrait être inhibé par la sélection artificielle... et les apprentissages associés au cours du développement comportemental.

Mémé, à 23 ans, a bien appris que lorsqu'elle était "fixée", elle devait s'immobiliser totalement (près de 2 minutes dans la même position!!!!) pour éviter de déclencher la phase de poursuite. Ou se déplacer très lentement.

Rassurez vous! Mémé et Vicky s'adorent! Mais cette stratégie permet à Mémé de ne pas finir couverte de bave... pour cette fois-ci en tout cas!

Coppinger, R., Coppinger, L. (2001). Dogs: a new understanding of canine origin, behavior, and Evolution. Chicago, The University of Chicago Press, 352 p.









Mémé,
Vickounette,
Dr Antoine BOUVRESSE
Vétérinaire comportementaliste DENVF

samedi 31 mai 2014

Aménagement de l'environnement des chats!

Aménagement de l'environnement des chats!


De très nombreux comportements indésirables chez le chat peuvent être en lien avec un environnement non adéquat où ils ne parviennent pas à exprimer les comportements propres de leur espèce.


 Agressions, attaques, malpropreté, comportements d'entretien excessifs... ou même compulsifs....







Les comportements d'attaque / prédation sont un motif de consultation très fréquent chez les chats n'ayant pas accès à l'extérieur pour exprimer leurs "besoins" de prédation sur de vraies proies.







Parfois les symptômes anxieux sont si nombreux que le diagnostic différentiel doit inclure des maladies neurologiques, crises convulsives partielles, etc... on parle alors de syndrome hyperesthésique félin:




Une fois les causes médicales exclues (hypothèses neurologiques, urinaires, etc...) il faut aménager l'environnement de matou et si possible.. l'enrichir:

  " le maître propose, le chat dispose"

On commence par l'environnement physique, en favorisant les cachettes, en laissant un tiroir ouvert pour qu'il s'y cache, l'accès à une penderie protégée des poils... et surtout...l'accès à la 3ème dimension: OUI, votre intérieur doit ressembler à un parc d'attraction.







N'oubliez pas les arbres à chat!!!
















JETEZ LES GAMELLES: un chat est "fait" pour manger 15 à 20 fois par jours...des papillons, des chenilles, une souris.... le nourrir à heures fixe en 1 ou 2 fois par jour le met probablement en situation de frustration...ce qui est un facteur intrinsèque de déclenchement des attaques.


Voici de quoi assouvir ses besoins en comportement de prédation pour toute la journée!!











En vidéo, ça donne ça:







Dr BOUVRESSE
Vétérinaire comportementaliste DENVF


vendredi 9 mai 2014

Que fait votre chien seul à la maison?

Combien de temps avant qu'un chien ne se jette sur la nourriture en votre absence? Ici, moins de 10 secondes!!






La curiosité est de mise!! Et les moyens techniques actuels nous permettent une analyse fine des états émotionnels de nos animaux lorsqu'ils font des bêtises en notre absence.






Ici, il n'y a pas de signe de stress ou d'anxiété!





Et même si les dégâts pourraient être plus importants, la prise en charge ne dépend pas de la durée de nettoyage à venir, mais bien de l'état émotionnel du chien.

Manger les restes de tables ou la poubelle (épargnée pour cette fois) est un comportement indésirable, mais PARFAITEMENT NORMAL.

En revanche, des signes d'anxiété comme la malpropreté, les destructions d'objets, les déambulations, les aboiement / gémissements peuvent être des signes de souffrance ou de stress à prendre en compte...même si les dégâts sont minimes ou inexistants!


Dr BOUVRESSE
Comportementaliste DENVF

dimanche 4 mai 2014

Les crises convulsives partielles

 

 

LES CRISES CONVULSIVES PARTIELLES

Une hypothèse fréquente, un diagnostic difficile!

 


Les consultations pour motif de convulsions sont fréquentes et une crise épileptiforme est rapidement évoquée (entre autres hypothèses) face à un animal qui perd connaissance pendant quelques secondes.
Lors des consultations de médecine du comportement, on est parfois confronté à des tableaux cliniques beaucoup plus subtils!


Quel est le lien entre médecine du comportement et les crises convulsives?


Depuis plusieurs décennies maintenant, les comportementalistes et neurologues s’intéressent aux "Bull Terriers tourneurs": qui peuvent passer des heures à chasser leur queue sans s'interrompre. Dans les cas les plus graves, certains ne s'arrête que pour dormir: ils s'effondrent de fatigue! beaucoup d'hypothèses ont été envisagées et il est probable que chacune a un rôle à jouer dans l'expression de ces troubles: stress, conditions de développement, maladies neurologies, ...à composante génétique?

Il semblerait que dans une grande majorité des cas, ces Bull Terriers présentent des crises convulsives partielles: des "courts-circuits" dans certaines parties de leur encéphales qui les déconnectent partiellement de la réalité.






 Parfois l'hypothèse de crise convulsive partielle est "facile" à évoquer, comme dans ce cas où l'état de conscience est peu altéré, mais des tremblement spastiques de la tête interviennent (majoritairement le soir dans le cas présent)













Dans d'autres cas, les manifestations sont très polymorphes selon la zone cérébrale affectée: mouvements répétitifs, fixité, regarder le plafond pendant de longues minutes, regarder et/ou chasser des mouches imaginaires,....








Selon les races et les différentes manifestations cliniques répondant aux traitements anticonvulsivants, des recherches génétiques sont en cours pour tenter d'identifier les éventuelles mutations qui pourraient être responsables de ces symptômes. Mais d'autres maladies neurologiques peuvent être à l'origine de ces crises convulsives partielles (infectieux, inflammatoire, tumoral, métabolique, hydrocéphalies etc...)
Attention, un diagnostic différentiel rigoureux est à entreprendre avant de conclure à une crise convulsive partielle!!
 

Plus d'infos sur le tournis du Bull Terrier en particulier sur cette thèse vétérinaire du Dr Sophie RENIER dirigée par Catherine ESCRIOU:

Thèse RENIER Bull Terrier




Dr BOUVRESSE Antoine
Vétérinaire Comportementaliste


vendredi 11 avril 2014

Dans la peau de votre chien


Que voit votre chien ?...


En balade, en croisant des congénères, ...mettez vous à la place de votre toutous dans ses déplacements.






C'est le premier essai pour fixer une petite camera sous le collier d'une chienne pendant sa promenade!
Le système n'est pas parfait: ça bouge beaucoup!!


Je voulais appréhender de façon informelle la communication corporelle lors de présentation entre deux congénères.... mais ça n'est pas ce qui saute aux yeux pendant le visionnage:





La communication olfactive très bien illustrée par ce point de vue "de chien": chaque rencontre commence par une exploration des odeurs inguinales, des oreilles, des babines... et des odeurs anales...quand on rentre dans la peau d'un chien, on le fait vraiment!! :-)

A noter: la différence d'attitude entre les chiens en libertés et les chiens rencontrés en laisse qui n'ont pas les mêmes capacités d'ajustement social du fait de leur manque de mobilité!

Bon voyage, et j'espère que vous n'aurez pas vomi votre déjeuné malgré les mouvements de caméra.


UKKA et 
Dr Antoine BOUVRESSE