La médecine du comportement animal est une discipline à la fois extrêmement rigoureuse dans sa recherche fondamentale (l'éthologie) mais aussi profondément concrète lorsqu'il faut trouver rapidement des solutions pratiques pour une problématique donnée. Sur ce blog, je publierai à la fois des articles scientifiques rigoureux et référencés, quelques lignes de vulgarisations, des réflexions, des conseils, des vidéos etc... selon l'humeur du jour pour partager avec vous tous. Enjoy
POP, un jeune chien de 18 mois attaque
et fixe les ombres depuis l’âge de 6 mois!Ces comportements sont décrits
surtout le soir, mais le matin, POP attaque aussi le mur où des lumières se
projettent quand ses maîtres se préparent...
Précision sur la vidéo: POP ne regarde presque JAMAIS vers ses maîtresses: lorsque vous le voyez "à l'arrêt" ou "tête en l'air", il guette les reflets de la rue qui se projettent sur le mur, puis les attaque et aboie!!!! NB: Le vétérinaire courageux craque quand même au bout de 12 minutes!!
QUELQUES ÉLÉMENTS IMPORTANTS
CONDITIONS DE VIE : En pavillon avec jardin,
couple + 2 enfants jeunes ados.
La nuit, enfermé dans une cage de transport au
sous-sol dès 21 heures.
Madame revient en général le midi. Balades en
laisse non quotidiennes. Balade en forêt en laisse hebdomadaire.
Il est à noter que POP n’a jamais eu de symptômes
neurologiques pouvant être associés à des crises convulsives partielles :
ses périodes d’obnubilations ont toujours un objet.
Sa maîtresse interagit beaucoup avec lui pour qu’il
s’arrête.
CONCLUSION
·Troubles
obsessionnels compulsifs évoluant depuis 1 an.
·Les interactions avec sa maîtresse , et les stratégies d’attention sont sans doute des éléments renforçateurs ·Milieu de vie peu stimulant
EXAMENS
COMPLEMENTAIRES: Bilan biochimique et endocrinien complet afin d’exclure
un hypothèse médicale (encéphalose hépatique ? shunt ?...) :
Pal, Alat, Urée, Créat., Gly, TP, Alb. Chol., NH3, Ac. Biliaire à jeun et post
prandial. Dosage T4 et TSH.
Des examens
d’imagerie cérébrale pourraient être envisagés dans un second temps en
concertation avec le Dr XXXX.
TRAITEMENT :
· AMENAGEMENT DU BUDGET TEMPS :
oTravail
du rappel (Aude CAILLAT ou Carole CERVELLO) pour…
o…
promenades quotidiennes en libre,
oEn
présence de congénères (avec sa maîtresse ou promeneur)
oAugmenter la durée de la distribution
alimentaire (Kong, Kibble Nibble…)
DANS un premier temps, éviter les situations déclenchantes. NE PAS RENFORCER ces comportements qui sont désormais en partie,
une demande d’attention.
CONTRÔLE : Contrôle à 1 mois
PRONOSTIC : Plutôt bon si les
aménagements de l’environnement sont mis en place rapidement. MAIS POP est renforcé dans un comportement stéréotypé
depuis maintenant 1 an : c’est ici le principal facteur d’échec.
OUI, je l'avoue avec honte, j'ai fait un affreux copié-collé de mon compte-rendu de consultation... j'avais la flemme de tout ré-écrire... mais le plus intéressant c'est la vidéo et l'efficacité des aménagements simples (puzzle feeder, KONG, ...) sur des troubles installés de longue date.
Le terme de stéréotypie ne nous est pas toujours très familier. Pourtant il renvoie à une image que nous avons tous en tête de fauves qui tournent en rond sans s’arrêter au fond d’un enclos. Les stéréotypies sont un indicateur majeur de la qualité de vie des animaux sauvages en parc zoologique et à ce titre sont très étudiées dans ce contexte. Pourtant ces comportements répétitifs, signe de mal-être, peuvent également être observés dans des situations bien plus quotidiennes, et chez des espèces domestiques : dans des centres équestres, des élevages, et même chez nos carnivores domestiques. On parle plus volontiers de troubles compulsifs pour nos animaux de compagnie, mais ce chien qui tourne derrière se queue est-il toujours comparable à un fauve en cage ?
Les stéréotypies sont classiquement définies des « comportements répétitifs, invariants et qui n’ont aucun but ou fonction apparents » (Mason, 1991). Elles ont été initialement décrites chez les animaux sauvages maintenus en captivités car ces comportements « aberrants » n’existent pas dans la nature.
Il existe plusieurs types de stéréotypies, selon les espèces concernées. Ainsi les éléphants en milieu entravé ne déambulent pas comme le font les fauves, mais se balance d’une patte à l’autre des heures durant. Les perroquets produisent plus souvent des stéréotypies inspirées de leurs comportements de toilettage, mais effectué pendant parfois 10 heures par jour, ces soins finissent par les laisser déplumés sur tout le ventre.
Les stéréotypies sont considérées comme des indicateurs de mal-être car elles se déclenchent classiquement dans des situations de stress, de frustrations ou dans les environnements où les animaux ne peuvent exprimer les comportements propres de leur espèce : chasser, se baigner, rechercher de la nourriture ou un partenaire… De nombreuses structures accueillant des animaux sauvages tiennent compte de la survenue de ces comportements répétitifs pour enrichir l’environnement de leurs pensionnaires.
Pourtant les comportements stéréotypés, révélateurs de mal-être et de frustration ne sont pas l’apanage des parcs zoologiques et peuvent concerner nos animaux domestiqués. Par exemple dans certains centres équestres, les comportements stéréotypés sont parfois si fréquents qu’on les considère à tort comme faisant partie des comportements normaux des chevaux en box. Ces tics sont si fréquents qu’ils sont décrits nominativement.
Le « tic de l’encensement » où le cheval balance sa tête de haut en bas pendant des heures.
Le « tic à l’ours » où le cheval bascule sur ses appuis antérieurs de droite à gauche.
Certains chevaux grignotent la porte de leur box ou leur mangeoire, d’autre déglutissent et régurgitent de l’air pendant des heures (« tic à l’air »).
De nombreuses « astuces » existent pour réduire ces comportements : mettre un miroir dans le box, entraver le cheval afin qu’il ne puisse pas produire le mouvement stéréotypé…mais ce sont des mesures qui oublient la condition de stress à l’origine de ces manifestations. Empêcher un cheval de "tiquer" en l’entravant est un non-sens. Les aménagements des conditions de d’hébergement, de travail, de nourrissage et l’enrichissement des activités sociales (interactions entre chevaux) sont les seules mesures permettant de solutionner les stéréotypies à long terme.
Chez les animaux de compagnie, ces mouvements répétitifs se rencontrent également. On parle alors de Troubles Obsessionnels Compulsifs ou TOC (Obsessive-compulsive disorder).
Chez le chien, on peut citer les chiens qui tournent en rond, qui chassent leur queue, les chiens qui sucent leurs flancs, qui gobent des mouches imaginaires.
En dehors de tout problèmes dermatologiques, certains chiens passent des heures à se lécher les pattes, à se mordiller, allant jusqu’à se blesser ou se mutiler.
Les troubles compulsifs peuvent concerner des activités d’ingestion : on parle de PICA au cours duquel le chien mâche ou avale systématiquement des objets inappropriés : tissus, sous-vêtements, chaussettes.
Chez le chat le toilettage excessif, aboutissant à une dépilation et / ou à des automutilations, et les attaques d’objets inappropriés sont les plus fréquents. Un éventail de comportements très large !
Mais on ne parle de TOC que lorsque ces comportements surviennent :
1) hors d’un contexte normal (chasser les mouches…sans mouches), ou
2) à une fréquence et une durée inadaptée par rapport au but de l’action engagée ou
3) qui empêchent l’animal d’interagir normalement avec son environnement.
Il existe des spécificités de race très marquées chez le chien. On parle par exemple du Berger Allemand qui chasse sa queue, du tournis du Bull Terrier, des Doberman suceurs de flancs, des Cavaliers King Charles gobeurs de mouches.
Il faut d’abord considérer le fait que certains groupes de races canines ont été sélectionnés pour des fonctions précises et de fait ont des aptitudes comportementales spécifiques. Ainsi des chiens d’arrêts comme les Braques peuvent présenter, dans des environnements trop peu stimulants, des TOC au cours desquels ils se figent « à l’arrêt » pendant des heures devant un ombre, un reflet etc… . Il exprime de manière inappropriée un comportement qui lui est naturel.
Néanmoins de nombreuses conditions médicales sont à exclure avant de pouvoir évoquer un TOC.
Les dermatoses entraînant des démangeaisons (parasites, allergies, …) doivent être systématiquement explorées devant un chat qui s’arrache les poils de manières « compulsive ».
Près de 2 chiens sur 3 soufrant de PICA présentent des anomalies digestives (gastrites, reflux œsophagien, insuffisance hépatique…).
Des hypothèses métaboliques (diabète, insuffisance hépatique ou rénales…) sont à explorer en priorité face à un animal qui consomme 5 à 10 fois sa ration d’eau journalière avant de pouvoir évoquer une potomanie.
Enfin de nombreux TOC sont à relier à des affections neurologiques. Les lignées de Bull Terriers tourneurs ont une prédisposition aux crises épileptiques partielles qui participent au déclenchement de ces comportements compulsifs. On suspecte la même étiologie chez les Doberman qui se sucent les flancs. Enfin, les Cavaliers King Charles qui gobent les mouchent ou se grattent le cou de manière obsessionnelle peuvent souffrir de syringomyélie : une maladie qui comprime les structures neurologiques de la base du crâne.
Dans tous ces cas, en parallèle d’une démarche médicale rigoureuse, il faut considérer la race des animaux concernés, leur cadre de vie, le budget-temps et les dépenses physiques, mentales et sociales que nous leur offrons.
Dr BOUVRESSE, Vétérinaire Comportementaliste DENVF
En partenariat avec le magasine 30 Millions d'AMIS
Une des erreurs que font les gens, c'est de penser que les chiens et les chats sont "supposés" avoir peur lorsqu'ils sont dans une clinique vétérinaire. c'est une erreur catastrophique, c'est une erreur qui peut entraîner des conséquences irrémédiables.
Lorsque vous avez un chiot ou un chaton de 8 à 12 semaines, leur cortex cérébral est encore en plein développement. Si on effraie cet animal, on peut entraîner des changements dans la mise en place de la cascade des neurotransmetteurs et modifier ses capacités d'apprentissage. Toutes les personnes qui ont déjà été gravement effrayé par une situation connaissent cette sensation, et savent à quelle point elle est affreuse, sans forcement pourvoir l'exprimer. Mais cette sensation restera là pour toujours. Une des raisons pour laquelle elle restera là pour toujours, c'est que cela fait partie de nos capacités adaptatives innées: se souvenir de la peur est un moyen de rester en vie. [...]
En voyant un chiot qui doit être examiné mais que trois personnes ne suffisent pas à le maintenir, il faut s'ARRÊTER! Stopper tout, c'est fini! Ce chiot a déjà dépassé les limites.
Mais de la même manière, tout le monde pense qu'un chiot s'est bien comporté parce qu'il est resté assis et sans bouger. Mais en le regardant plus attentivement, on pourrait le voir trembler, saliver, détourner le regard...il faut STOPPER, il est déjà trop paniqué, et tout ce que vous mettrez en oeuvre empirerait les choses. Rien n'est plus urgent pour cet animal que de stopper.
Et c'est encore pire pour les chatons, car les gens pensent que les chats ne se comportent pas bien chez le vétérinaire quoique l'on fasse, ce qui est absolument stupide. A ce jeune age, avec un jouet en plume, un chaton va sauter, courir, monter sur la table d'examen... il faut se servir de cela pour leur apprendre à monter pour se faire examiner facilement: monter sur la table, sauter vers le jouet pour regarder son ventre. En le faisant taper dans votre main (high five), vous examinez son aisselle, puis l'autre coté...en le faisant asseoir avec les pattes en l'air, vous vérifiez son ventre, en le mettant de bout avec les pattes en l'air, vous examinez sa région inguinale... au final vous n'avez presque pas à toucher l'animal!
Ce sont des périodes où ils sont "pré-adaptés" à s'amuser! Le but est d'apprendre par essai-erreur, et pourtant nous ne nous en servons pas en clinique! Au lieu de cela, nous imposons des manipulations dont nous savons qu'elles peuvent être effrayantes! Et les chiots et les chatons nous le disent! Mais hélas nous ne réalisons pas que nous commettons des dommages irréversibles, pourtant c'est un fait.
Peut-on améliorer ces peurs du vétérinaire? OUI, mais cela peut-être très difficile et dépendant de la génétique et du tempérament. Certains chiens ou chats auront plus de difficultés que d'autres...
Est-ce que la
domestication affecte l’inhibition (inhibition
control) ?
Comparaison de chiens et de loups
élevés dans les mêmes conditions dans deux différents tests d’inhibition.
S. Marshall-Pescini,
Zs. Viranyi, F. Range.
(Traduction et notes
de conférence du Canine Science Forum 2014, Lincoln, UK)
Le contrôle inhibiteur peut être
défini par le blocage d’une réponse impulsive en faveur d’une alternative plus
appropriée. Il est considéré comme un mécanisme important qui permet aux
animaux de réguler leur comportement dans un contexte social ou de recherche de
nourriture. De plus on suppose que ce mécanisme d’inhibition est crucial pour
les espèces prédatrices, en particulier celles chassant en groupe (Bailey et
al., 2013).
Dans cette étude, deux espèces
sont testées : le chien et le loup, qui, en liberté, montrent de
nombreuses similitudes dans leur organisation sociale, mais qui diffèrent
grandement dans leurs comportements de recherche alimentaire. Les loups se
nourrissent principalement en chassant en groupe, alors que les chiens chassent
peu, mais passent beaucoup de temps à fourrager sur des sites prédéfinis comme
les zones de déchets humains (Butler et al. 2004 ; Manor & Saltz
2004).
En partant de l’hypothèse que le
contrôle inhibiteur d’une espèce est fortement corrélé à sa stratégie de
recherche de nourriture, on pourrait supposer que les loups soient plus
performants que les chiens lors de test nécessitant un contrôle inhibiteur. Toutefois,
des hypothèses récentes ont mis en évidence que le processus de domestication aurait
également pu sélectionner des individus au tempérament moins réactif (Hare et
al. 2005 ; 2012) ou acceptant plus facilement l’humain en supprimant les
réactions immédiates de peur à la faveur de récompenses différées (Gacsi et
al., 2009).
Dans cette étude, un groupe de
chiens (N=16) et un groupe de loups (N=16) élevés dans les même conditions sont
testés pour deux taches requérant un
contrôle inhibiteur : le test du détour (Pongracz et al., 2001) et le test
du cylindre (Bray et al., 2013).
Dans le test du détour, une récompense alimentaire est placée derrière
un obstacle « en V » qui permet au chien de voir la friandise. Il
doit contourner la grille (s’éloigner de la friandise) pour pourvoir l’obtenir.
Dans le test du cylindre, une récompense est placée
dans un tube cylindrique transparent. Pour l’obtenir, le chien ne doit pas se
focaliser sur l’objet, mais s’en éloigner pour aller le chercher par le coté
ouvert du tube
Les résultats du test du cylindre
montrent que les loups sont moins performants que le groupe de chiens (p=
0,01). Mais on obtient des résultats opposés dans le test du détour où les
loups montrent un délai de succès plus court (p= 0,037), et persévèrent moins
longtemps devant la clôture (i.e. :
qu’ils contournent plus vite) (p=0,016).
Il n’y a pas de corrélation entre
les performances aux deux différents tests, ni chez les chiens (rho= 13, p= 0,69),
ni chez les loups (rho= 0,42, p= 0,14).
La discussion de cette expérience porte sur les raisons
potentielles de ces résultats opposés dans les deux tests qui visent tous les deux à
mesurer le contrôle inhibiteur (par exemple l’effet d’un entrainement préalable
des chiens au test du cylindre?).
Il est également possible que les deux
hypothèses (mode de recherche de nourriture vs. Domestication) soient vraies mais
que les tests entrepris ne quantifient pas exactement le même processus
d’inhibition.
Retrouvez d'autres Compte rendu de conférences du Canine Science Forum sur le site de la Société Francophone de Cynotechniqe: www.sfcyno.com
Partout où j'ai pu les voir, ces chiens errants sont très très forts!! de quoi faire baver de jalousie nos Border Collie les plus entraînés!!
Regardez vous mêmes: pas un aboiement, réactivité minime, pas de cavalcade au milieu des voitures, cohabitation intraspécifique facile, aucune prédation!!! A tel point que la vidéo est un peu pénible: il ne se passe rien!
Et tout cela sans laisse, sans Halti, sans harnais, sans maître et sans ordre!! ni clicker, ni Prozac!! ;-)
Au final, ces chiens errants (free ranging dogs) sont PARFAITEMENT adaptés à leur environnement. Ils s'approchent peu des hommes, n'attaquent ni le bétail, ni les petits poussins, marchent sur le trottoir, regardent avant de traverser, ne réagissent pas aux stimulations quotidiennes...
Les apprentissages par habituation, essai-erreur, apprentissages latents font des merveilles!! Si les conditionnements sont des outils formidables et puissants, il ne faut pas oublier ce dont le chien est capable par lui même.
Je me suis souvent demandé quelle proportion de nos chiens pourraient se comporter de manière si adaptés en autonomie dans ce type d'environnement? Probablement un faible minorité car nous ne leur laissons pas beaucoup (pléonasme) d'occasion de faire leurs propres expériences (bonnes ou mauvaises).
Tout n'est pas non plus parfait là bas: les chiens boiteux sont nombreux...car pour apprendre à se méfier des voitures...
Merci à Thierry BEDOSSA de m'avoir appris à "laisser faire" les chiens dans un environnement adapté.
Perte de contrôle lors d'une évaluation comportementale
Bon, c'est vrai... le titre est un peu racoleur... vous n'imaginiez quand même pas que j'allais publier une vidéo de gros Rottweiler qui égorge une mamie...
Les chiens de 1ère et 2ème catégorie doivent passer une évaluation comportementale qui doit déterminer la dangerosité de ce chien dans son contexte de vie.
Après l'entretien, la balade ..qui se passe très bien jusqu'à ce que...le chien se précipite à travers la rue... Heureusement il est en laisse et il n'y a pas d'accident, mais même si ça ne se voit pas à l'image, une voiture a du freiner en urgence pour s'arrêter (On entend bien le gros Diesel juste à coté!!).
Mais la vrai question est pourquoi ? et vers quoi s'est-il précipité?
Remercions ici le Dr L.L. qui, par sa dextérité et sa technique de capture vidéo dont elle est seule à avoir le secret nous permet d'admirer cette scène sans avoir le moindre indice de ce qui se passe dans l'environnement, ni de ce qui déclenche le chien!! :-p
En fait rien d'agressif !! Ce gros Rottoto voulait rejoindre des passants qui lui faisaient signe de l'autre coté de la rue. Les postures du chiens, l'absence de vocalises, le battement et le port de la queue montrent plutôt un chien enjoué (à confronter avec le reste des observations évidemment!!).
Mais même pour aller jouer ou faire des câlins, cette perte de contrôle représente un danger!
Lors des évaluations comportementales, on n'étudie pas seulement les situations potentiellement agressives, mais toutes les situations dangereuses! Et un gros chien de 40 kilos qui se jette sur un jeune enfant pour lui faire des câlins pourrait le blesser sévèrement ...
Au final ce gros chien s'en sortira avec une "très bonne note", mais la prescription de quelques séances d'éducation pour améliorer son contrôle sans jamais utiliser de méthodes coercitives.
VASTE sujet que le bien-être animal! Tout d'abord parce qu'on peut l'évoquer selon différents points de vue. En effet le Bien-être peut-être défini d'un point de vue juridique, moral ou scientifique, ces visions n'étant pas toujours concordantes. D'autre part certains critères de bien-être / souffrance peuvent être subjectifs et donc varier selon nos sensibilités personnelles.
Selon leur sensibilité, les maîtres n'ont pas la même vision du bien-être pour leur animal!
Une définition synthétique du Bien-être animal pourrait être la capacité pour un individu à exprimer les comportements propres de son espèce.
Voici quelques éléments bibliographiques pour enrichir cette définition un peu abstraite!
Selon Hurnik et Lehman (1985), les besoins d'un animal, qui doivent être comblés pour assurer son bien-être, sont hiérarchisés: certains sont essentiels pour assurer sa survie, d'autres assurent la qualité de la vie. Ces besoins sont propres à une espèce, mais aussi à une race, à un individu.
Ce concept de besoins hiérarchisé sera repris plus tard par le Conseil Britannique qui reconnait les "5 libertés de l'animal":
En 1997, le professeur David FRASER propose de
schématiser l’adéquation entre les besoins d’un individu et ce que son
environnement lui offre. Un cercle (jaune) représente les capacités adaptatives
de l’animal (son « domaine de compétence »). Un cercle (Bleu)
représente son environnement de vie. La partie commune de ces 2 cercles (schéma
1) correspond à la zone de confort où l’animal peut s’adapter, plus elle est
étendue plus l’animal est en situation de bien-être dans son environnement.
Inversement, lorsqu’il n’y a pas de correspondance entre le cercle adaptatif de
l’animal et son environnement (Schéma 2), le bien-être de l’individu est
fortement compromis.
Cette schématisation de Fraser peut être appliqué à des cas concrets et à des problématiques quotidiennes de nos compagnons. Quid du Bien-être d'une chien venant d'une lignée de travail vivant dans un appartement, avec pour toute "activité" 2 ou 3 sorties hygiéniques... en laisse...sans contact avec ses congénères car il les agresse? Sauf si celui-ci possède un tempérament particulièrement adaptatif, cet individu aura probablement beaucoup de mal à exprimer les comportements propres de son espèce et de sa race (lignée).
En situation de stress non adaptatif, il risque d'exprimer de nombreux comportements indésirables pour lesquels il sera qualifié de "dominant", de "sociopathe", de "dysthymique" ou d' "hypothyroïdien"... alors qu'il est "juste" dans une prison...